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le tanu-noirpalu de raymond

histoire de la commune de Le Tanu et Noirpalu, département de la Manche

Pour Albert, se souvenir pour ne pas oublier

1ere photo de la mobilisation

1ere photo de la mobilisation

Albert Joseph FOUCHÉ  est né le 10 mars 1897 à La Mouche.

Les parents d'Albert, Anselme et Maria Fouché, ont d'abord vécu à La Mouche où leurs deux enfants, Albert et Émile, sont nés ; puis ils se sont ensuite installés au Fougeray.

Son jeune frère Émile avait 11 ans quand Albert a été mobilisé (à l'âge de 18 ans et 10 mois).

Albert fut incorporé le 10 janvier 1916 à Granville au 25e régiment d'infanterie. (n°77)

La mobilisation française se poursuit pendant toute la Première Guerre mondiale,

avec l'appel successif sous les drapeaux (en janvier 1916) de la classe 1917

Sa fiche matricule militaire, nous indique : (ce que ses deux portraits en noir et blanc ne peuvent témoigner)

Il mesurait : 1,69 m (ce qui était alors bien supérieur, la moyenne française étant de : 1,66 m),

il avait les cheveux marron foncé, les yeux marron clair.

Le reste de son "signalement" renvoie à des caractérisations d'époque (front "moyen", nez "rectiligne" et visage "plein et teint coloré»)

degré d'instruction : sait lire et écrire

Il fut inscrit à titre posthume au tableau spécial de la médaille militaire (publié au Journal Officiel du 29 novembre 1919), et reçu la Croix de guerre 1914-1918 .

dans le détail des services :

Soldat de 2e classe . Dirigé le 11 octobre 1916 sur le 136e régiment d'infanterie à Saint-Lo,

sorti en renfort au régiment le 26 octobre 1916.

Décédé le 8 juin 1917 à l'ambulance 10/13 des suites de blessures de guerre, avis du 23 juin 1917

Inhumé le 9 juin 1917 au cimetière militaire de Bussy le Château (Marne)

avis complémentaire CBC 23297
 

Le Tanu , inscription sur le monument aux morts : A. FOUCHER

Le Tanu , inscription sur le monument aux morts : A. FOUCHER

plaque de marbre gravée de 7 noms à l'intérieur de l'église à coté de la porte romane
plaque de marbre gravée de 7 noms à l'intérieur de l'église à coté de la porte romane

plaque de marbre gravée de 7 noms à l'intérieur de l'église à coté de la porte romane

récit de Patricia D.  petite nièce d'Albert

          « Au sujet d'Albert, je ne résiste pas à vous raconter une petite histoire au milieu de la grande :

Pour moi, Albert était avant tout la photo d'un tout jeune homme en costume militaire sur la cheminée chez ma grand-mère chez qui je passais à peu près toutes les vacances scolaires.

Ma grand-mère Renée, née en 1914, arrivée au Tanu à son mariage à 19 ans, n'avait jamais non plus connu Albert en personne. En revanche, dans cette maison appartenant à des Fouché de père en fils depuis des générations se racontaient moult souvenirs et histoires de ce fils, parti tout jeune à la guerre et jamais revenu.

Tristesse pour Emile, son petit frère - on dirait aujourd'hui qu'il souffrait du symptôme du survivant , déchirement pour ses parents d'avoir perdu leur fils aîné. Dans cette maison devenue la sienne par le mariage et les années, ma grand-mère a été abreuvée de ce chagrin du fils/frère de 20 ans mort loin de sa terre et... cette peine est peu à peu devenue la sienne.

Le recueillement au cimetière, l'entretien des tombes et l'importance de les garder fleuries étaient des valeurs très vives aux yeux des anciens. Tous les jours de soleil, ma grand-mère se rendait au cimetière de Noirpalu pour arroser, nettoyer, prendre soin de leur tombe comme un hommage à ces défunts : beaux-parents, mari, parents qu'elle avait fait enterrer à Noirpalu pour les avoir près d'elle.

Cependant, une sépulture manquait à l'appel : celle d'Albert. A leur grande désolation, ses parents et son frère n'avaient jamais su ce qu'il était advenu de son corps. Ils avaient été informés par l'état-major qu'il était décédé à Bussy-le-château, alors en Champagne-Ardennes, en juin 1917, mais n'avaient jamais su si et où il avait été inhumé. Ne pas pouvoir se recueillir sur sa tombe était un de leur grand regret. Mon grand-père et ses parents auraient pourtant été prêts à faire des kilomètres pour lui rendre hommage mais jamais ils n'ont pu savoir ce qu'il était advenu de sa dépouille.

2012, week-end à Laon et visite captivante du musée du Chemin des Dames dans l'Aisne. Un de mes fils rentre à la maison avec un dépliant narrant le travail de numérisation des archives entrepris dans le cadre des commémorations du centenaire de la grande guerre. Il tape le nom de son arrière-grand-oncle, trouve la fiche indiquant son décès. La case indiquant le lieu de sépulture mentionne : inconnue.

Le dépliant arrive chez mes parents, et quelques années plus tard, mon père réessaye. Le travail de numérisation a porté ses fruits : la case "lieu de sépulture" indique Jonchery-sur-Suippe, à 13 km de Bussy-le-Château.

Voilà comment quelques mois plus tard, mes parents sont allés fleurir la sépulture d'un jeune homme tombé à 20 ans presque un siècle plus tôt. Il aura fallu presque un siècle pour qu'un des siens puisse se recueillir, au nom de tous ceux qui auraient aimé le faire pendant des années sans savoir où il était.

Premières fleurs pour Albert en un siècle, lui qui est mort trop jeune pour avoir le temps d'offrir un bouquet à une amoureuse... »

son bataillon ou compagnie , peut-être avant de rejoindre le front
son bataillon ou compagnie , peut-être avant de rejoindre le front

son bataillon ou compagnie , peut-être avant de rejoindre le front

L’histoire d’Albert Fouché, entre espoirs, désillusions et transmission.

Dans de nombreuses familles françaises, le souvenir d’ancêtres morts au cours des guerres est encore très présent. Derrière tous ces souvenirs se cache une multitude d’histoires de jeunes adultes, partis à la guerre mais jamais rentrés. Les monuments aux morts, présents un peu partout, permettent en théorie de perpétuer parfaitement le souvenir des disparus, sauf lorsque celui-ci comporte une erreur ou une confusion dans l’inscription d’un nom.

C’est dans ce cadre que l’histoire d’Albert Fouché est à la fois atypique et profondément émouvante. Albert était en effet un jeune soldat né en 1897 et disparu 20 ans plus tard, qui, comme tant d’autres, est parti au combat plein d’espoir et d’insouciance (voir 1ere photo de mobilisation ), qui ne se doute pas, du tout, de ce qui l’attend.

Or, lorsque nous le retrouvons plus tard sur cette autre photo du bataillon, Albert semble soudain avoir pris conscience de la dureté de la guerre et parait avoir intégré le fait qu’il pourrait ne pas rentrer. C’est donc une trajectoire entre espoirs et désillusions.

Ce qu’Albert ne savait pas, c’est que sa petite nièce Patricia ferait, bien des années plus tard de nombreuses démarches pour retrouver sa trace et connaître son histoire. Ainsi, en 2012, après la visite du musée du Chemin des Dames, son fils entreprend de rechercher le lieu de sépulture de son ancêtre. Il est alors inconnu. Quelques années plus tard, les archives ayant été réactualisées dans le cadre du centenaire, il est indiqué qu’Albert repose à la nécropole de Jonchery sur Suippe.

Cette découverte pousse la famille a effectuer de nouvelles recherches, qui soulèvent une autre interrogation. En effet, sur les sites dédiés mais également sur le monument aux morts de la commune, le nom d’Albert est orthographié FOUCHER et non FOUCHÉ, ce qui a créé un doute quand au fait qu’il s’agisse bien d’Albert. Ce doute a récemment été dissipé, il s’agissait en fait d’une erreur d’orthographe.

Au-delà des faits, cette émouvante histoire familiale nous montre l’importance qu’a, aujourd’hui encore, le devoir de mémoire. Elle montre également la détermination d’une famille à faire vivre son souvenir afin qu’il perdure. Enfin, d’une certaine façon, le parcours et les différentes émotions vécues par ses descendants au cours de ces recherches n’est pas si éloignée du sien, entre espoirs et désillusions mais avec cette fois-ci une issue heureuse qui permet la transmission.

Léo Baril, futur journaliste. mai 2021

Nécropole nationale de Jonchery sur Suippe (Marne)

la tombe d'Albert
la tombe d'Albert

la tombe d'Albert

Pour Albert,  se souvenir pour ne pas oublier

La nécropole a été créée en 1915, lors de la bataille de Champagne pour regrouper les corps exhumés des cimetières militaires de Jonchery, Cuperly, Baux, Bussy-le-Château, Perthes, Tahure, Souain, Suippes, Sommepy, Mesnil, Sainte Marie-à-Py.   Elle a été aménagée en 1922, 1924, puis de 1927 à 1929.

7 910 soldats français tués au cours de la 1ère guerre mondiale y ont été inhumés, dont 3 009 en 4 ossuaires, ainsi que 4 soldats tchèques.

Il fut inscrit à titre posthume au tableau spécial de la médaille militaire :

(publié au Journal officiel du 29 novembre 1919), et reçu la Croix de guerre 1914-1918 .

FOUCHÉ (Albert-Joseph) , matricule 11189, soldat : jeune soldat de la classe 1917
plein d’entrain, d'une belle bravoure au combat.
Mort glorieusement pour la France, le 8 juin 1917. A été cité.

 

Pour Albert,  se souvenir pour ne pas oublier

Le 20 avril 1917, son cousin au 1er degré , Cyprien FOUCHÉ, originaire de Champrepus est également "mort pour la France" des suites des blessures contractées "au Chemin des Dames". 02 Aisne

Soldat du 321e régiment d'infanterie, de la classe 1901; il avait 35 ans.

 

Historique du 225e régiment : on y retrouve Albert dans la liste des soldats

http://jburavand.free.fr/historiques%20RI/RI225_Histo.pdf

Hôpital d'évacuation de Bussy le Château, Marne

Le village hébergea un hôpital de guerre entre les routes qui mènent à Courtisols et Saint-Remy-sur-Bussy, ainsi qu'un cimetière militaire de la première guerre mondiale 

Plus de 300 soldats sont décédés dans l'hôpital d'évacuation situé sur le territoire de la commune pendant la guerre 1914-1918

Pour Albert,  se souvenir pour ne pas oublier

Que signifie « mort à l'ambulance »? :

http://memoire.avocatparis.org/focus/22-lexique/16-mort-a-l-ambulance

extrait de lettre de RENÉ PIGEARD dans Paroles de Poilus

« Cher papa,

Dans la lettre que j’ai écrite à maman, je lui disais tout notre bonheur à nous retrouver « nous-mêmes » après s’être vus, si peu de chose… à la merci d’un morceau de métal !… Pense donc que se retrouver ainsi à la vie, c’est presque de la folie : être des heures sans entendre un sifflement d’obus au-dessus de sa tête… Pouvoir s’étendre tout son long, sur de la paille même… Avoir de l’eau propre à boire après s’être vus, comme des fauves, une dizaine autour d’un trou d’obus à nous disputer un quart d’eau croupie, vaseuse et sale, pouvoir manger quelque chose de chaud à sa suffi­sance, quelque chose où il n’y a pas de terre dedans, quand encore nous avions quelque chose à manger…
Pou­voir se débarbouiller, pouvoir se déchausser, pouvoir dire bonjour à ceux qui restent… Comprends-tu, tout ce bon­heur d’un coup, c’est trop. J’ai été une journée complète­ment abruti [...] Je croyais avoir tout vu à Neuville. Eh bien non, c’était une illusion.[...] ici rien que des obus, des obus, rien que cela. Fuis des tranchées que l’on se bouleverse mutuellement, des lambeaux de chair qui volent en l’air, du sang qui éclabousse… Tu vas croire que j’exagère, non. C’est encore en dessous de la vérité. On se demande comment il se peut que l’on laisse se produire de pareilles choses. Je ne devrais peut-être pas décrire ces atrocités, mais il faut qu’on sache, on ignore la vérité trop brutale. […] J’espère aller bientôt vous revoir et on boira encore un beau coup de pinard à la santé de ton poilu qui t’embrasse bien fort. »

ce courrier fut certainement écrit en avril 1916 au moment où la compagnie de René Pigeard retrouvait l’arrière après plusieurs jours de terribles bombardements (fort de Vaux, près de Verdun).

blog des jeunes élèves de 1ères volontaires du Lycée Clémence Royer de Fonsorbes,
soldat Frédéric Branche

extrait des récits de Frédéric Branche

« Dans les tranchées, je prenais des notes quant à mon vécu et celui de mes camarades . Lors de chaque permission, je les recopiais à la machine à écrire »

« J’ai de nouveau perdu tout mon sac. Préparez-moi donc quelques paires de chaussettes, mais n’envoyez que lorsque je vous le dirai. Je pense bien souvent à vous et n’ai pas perdu votre petit livre qui me suit toujours en compagnon fidèle. Plus la guerre dure et plus je suis las de faire campagne… je ne puis dire comment… plus j’ai besoin de me ressaisir à ces seules pensées. Mais à quand la fin de cette vie, la joie et le repos à la Maison ?

Je suis affreusement las physiquement et moralement. Ne me sera-t-il jamais donné de reprendre haleine quelques mois en famille ?

Je manque totalement de papier à lettres et d’enveloppes; aussi, dans chacune de vos lettres, mettez de quoi faire réponse. »

Vendredi 11 mai 1917 « Cinq heures du matin : bombardement à coup de Minenverfer; puis pilonnage d’un quart d’heure… Les Boches attaquent : 1e Compagnie de mitrailleuses, 1e et 2e Compagnies, malgré leur défense, sont cernées. Ma section manque d’être prise. Mort héroïque du Capitaine Fabre. Nous nous replions sur une tranchée de soutien. Les Boches reculent sous notre pression et abandonnent le terrain qu’ils ont conquis. Avec ma section, on m’envoie réoccuper l’emplacement de la 2e Compagnie. Tous les équipements des poilus sont là, les fusils mitrailleurs, les mitrailleuses. Les Boches ont fouillé les sacs, mais n’ont pas même bu les bidons. Soif dévorante : pinard, café et eau sont les bienvenus. Je trouve un de nos blessés que les Boches ont pansé, changé de linge et installé dans un gourbi. Plus loin, un blessé du 22e Bavarois, atteint aux cuisses. Je lui donne à boire et le questionne. Il me dit que trois Régiments ont attaqués, qu’ils ont éprouvé d’assez fortes pertes et que, coûte que coûte, l’état-major allemand veut reprendre la crête que nous occupons. Ce blessé devait mourir sur place, le jour suivant : nos brancardiers ayant refusé de l’enlever, bien qu’ils fussent venus à cinquante mètres de lui. »

 sac en toile cirée surnommé As de carreau (à cause de sa forme carrée) ou encore « Azor » (puisqu'il accompagne le soldat comme le chien suit son maître) 

Les descendants de la famille Fouché remercie les auteurs de cet article, sans oublier les bénévoles qui ont œuvré pour perpétuer la mémoire de tous ces sacrifiés au nom d'une idéologie qui dépasse la plupart d'entre nous... Christiane F.C.

Remerciements à la famille FOUCHÉ pour les photos et leur participation indispensable  J-J M

 

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